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Le blog de Cendrine BERTANI

Le parcours d'une jeune romancière confrontée au monde de l'édition.

Toutes des Messaline ( extrait 3 )

Publié le 8 Mars 2010 par Cendrine BERTANI in Concernant Entre Eve et Adam

 

     Dans le passé, je me suis déjà retrouvé en posture délicate à cause des femmes. On ne drague pas cinq filles par mois sans tomber occasionnellement sur l'une de ses ex.

     Je me rappelle une fête de la musique où j'ai emballé une nana peu farouche ( comment s'appelle-t-elle déjà ? ) avant de découvrir ( une fois dans son lit ) que je m'étais déjà fait sa soeur. Nous étions en pleine action lorsqu'une clé a déverouillé la serrure de l'appart. Il faut se représenter la scène: nus comme Adam et Eve, moi en train de croquer ses pommes, puis elle, mon serpent bien en bouche...

    
adam-eve-rubens.jpg

     J'aurais dû me douter que la fille n'habitait pas seule: son appartement était trop classe. Dans le genre 600 euros de loyer. Quand on est jeune et célibataire, cela devient de plus en plus dur de se loger en ville, même quand on gagne un peu plus que le SMIC. La fille faisait quoi, déjà ? Elle travaillait à la poste, d'après l'uniforme aperçu dans sa salle de bain. Elle ne devait pas rouler sur l'or.

     Il était bien tard pour que les rouages de mon cerveau se mettent à tourner à toute vitesse. Elle avait une coloc'. Pas n'importe qui.

     Je reconnais une ex de mars ( oui, je les baptise du mois de notre liaison, cela m'évite de me mélanger les pinceaux en cherchant leur prénom, et cela ne vexe personne, puisque c'est un détail que je vous révèle en exclu ).

     J'y pense! N'allez pas divulguer mes tribulations sur un forum. J'ai une réputation à tenir, moi. Je suis en recherche d'emploi. Si je vous mets dans la confidence, c'est parce que j'ai besoin qu'on me soutienne. Un peu de solidarité masculine! Les femmes sont toutes des...

    Enfin, dans cet exemple, c'est plutôt moi qui ait le mauvais rôle, je vous le concède. Mais pour bien camper mon personnage, je me devais d'être honnête et de me représenter tel que je suis. Vous verrez plus tard que j'ai eu mon lot de désillusions, comme nous tous.

     Bon où est-ce que j'en étais ? Au beau milieu de nos ébats. Voilà qu'arrive sa propre soeur. Punaise, à notre époque, il y a encore des fratries unies ? Je croyais qu'avec toutes les conneries diffusées sur les ondes au sujet des familles éclatées ou recomposées, la notion même de cellule familiale avait disparu de notre vocabulaire. Ces deux soeurs logeaient sous le même toit.

     Quand je pense que je n'ai pas vu mon frère depuis un bail... Mais évitons le hors-sujet.

     D'instinct, je lâche l'objet du délit ( je n'ai rien fait ) mais je suis aussitôt trahi par une érection incontrôlable et d'une taille peu commune ( en toute franchise, les gars, même si la fille avait oublié mon visage, elle n'avait pu oublier mon arme secrète ).

     Impossible de nier l'attirance physique. Mon corps est sous le charme. J'ai été démasqué. Le vieil adage " pas vu pas pris" ne m'est plus d'aucun secours.

     Mais... après tout. Si je fais mine de ne pas voir mon ex ( pour le moment silencieuse et stupéfaite ), on pourrait dire que je ne l'ai pas reconnue, elle. Autant lui donner le mauvais rôle. Le voyeurisme est un péché, à coup sûr. Laissons lui la gêne, le sentiment d'avoir été trahie par une proche, et les remords.

     Enfin quoi ? Nous ne sommes plus ensemble ! Est-ce ma faute si sa frangine est une fille facile ? D'ailleurs, nous deux, cela n'avait pas été du sérieux. Sinon, je connaîtrais sa famille, obligé ?

    Tout fier des arguments que j'aurais pu lui déballer si elle n'avait pas refermé la porte avant de dévaler les escaliers quatre à quatre, je fais pivoter d'une caresse la joue de ma partenaire vers l'objet de leur convoitise, et pour couper court à une possible discussion, j'assiège sa bouche.

 

    Donc, des emmerdes, j'en ai eu ma part. Mais l'épisode qui m'a coûté mon poste me laisse encore un goût amer. J'ai été piégé, les gars. Pour vous éviter les mêmes déboires, je vous mets en garde. Pas de sexe au travail !

    Si je pouvais remonter le temps, je suis certain que je repérerais les signes annonciateurs de ce qui se tramait sous mon nez. Mais tous mes sens étaient alors obnubilés par la chasse. Comment voulez vous garder un instinct animal de prédateur lorsque les proies vous tombent si facilement entre les pattes ? On en oublie toute prudence.

    La quantité tue la qualité, et l'on sait glisser une pile de numéros de portable dans les cabines d'essayage. " Si tu es partante pour un rendez-vous avec le beau mec de l'entrée, n'hésite pas à me joindre au 06 40...."

    Oups. J'oublie. Si ces pages tombent entre les mains de filles, vous pouvez tout de suite sauter cette nouvelle. Qui que tu sois, lectrice anonyme, reste sur la vision d'un petit gars qui pouvait se vanter d'avoir toutes les nanas qu'il voulait. Eh oui, j'assume. C'est l'un des derniers plaisirs qu'il me reste: brandir mon palmarès avec nostalgie. Si tu espères savoir ce qui m'a freiné dans mes pulsions, change de lecture. Je n'ai pas envie d'être mis à nu.

 

    La plupart des clientes ne se sentaient pas concernées par mon appel d'offre. Certaines téléphonaient, sans que je puisse opérer un tri sélectif. C'était déjà bien compliqué de déposer les cartes de visite en cabine à la barbe des collègues sans que je puisse faire des allées et venues, une fois le magasin ouvert à la clientèle. Je devais me faufiler jusqu'au salon d'essayage pile après le passage de Julia, pendant qu'elle préparait la caisse et que Vanessa déverrouillait les grilles. Impossible d'ajouter à ma carte une mention spéciale " moche s'abstenir". Je ne pratique pas le délit de sale gueule, je crois vous l'avoir déjà dit.

    Quant aux autres mecs... Même s'il arrivait que des filles viennent accompagnées par leur Jule, les gars n'ont pas le droit de s'approcher des cabines. Une ligne tracée sur le sol délimite un espace d'intimité. Il ne faut pas vous croire seuls au monde, les amoureux ! Les tristes célibataires des cabines adjacentes n'ont pas forcément envie d'entendre vos compliments écoeurants: " mais oui tu es la plus belle", " non, je t'assure, ça te va super bien ", "tu rigoles, ça fait pas pute, c'est juste sexy"...

     Et bien là, je vais vous avouer un truc, les mecs. Aucune de ces filles casées n'a jamais révélé quoi que ce soit sur mon petit manège à son copain. Il faut croire qu'elle laissait ses chances aux autres... Beau jeu.

    D'ailleurs, une ou deux fois, une de ces nanas m'a rappelé. Je ne vous dis pas laquelle. Comme ça, si vous avez acheté de la lingerie affriolante en couple ces six derniers mois, vous vous poserez la question suivante: y avait-il un beau mec en costard non loin des cabines d'essayage ? Allez. Ne vous cassez pas la tête non plus.

    Je passais donc mes journées à mater les clientes, tout en gagnant le fric que je dépensais le soir autour d'un verre avec une des filles qui répondait à mon offre.

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