Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Cendrine BERTANI

Le parcours d'une jeune romancière confrontée au monde de l'édition.

Toutes des Messaline ( extrait 5 )

Publié le 12 Mars 2010 par Cendrine BERTANI in Concernant Entre Eve et Adam

 - Allô ?
- Nick au bout du fil. Vous venez régulièrement dans notre magasin de lingerie
- C'est possible.

    La voix de mon interlocutrice était à la fois calme et chaude. Aucune intonation particulière n'indiquait que la cliente se montrait curieuse. Je m'attendais à des gloussements cachottiers, ou à une fausse exclamation de sainte-nitouche. Moi, je vous ai dragué ? Etes-vous sûr d'avoir bien interprété la situation ? Non, en fait, je ne sais pas à quoi je m'attendais, mais sûrement pas à de l'indifférence. Surpris, je tentai de rester pro.
- Vous y avez oublié votre carte.image-carte-visite-noire.jpg
- Ma carte bancaire ? Je ne crois pas.

    La fille ne me simplifiait pas la tâche.
- Non, votre carte de visite. Elle m'était bien destinée, non ?
- Alors vous pouvez la garder.

    A quoi bon ? Ce n'était qu'un outil.
-   Mais enfin, c'est absurde. Il y avait un numéro, dessus, rien d'autre. J'en ai conclu que vous vouliez mon appel.
- Faites-vous toujours ce qu'on attend de vous ?

    Là, la conversation s'éloignait drôlement des sentiers battus. Et je m'y connais en drague. A mon tour de poser des questions.
- Est-ce un problème ?
- D'être prévisible. Non, cela est même rassurant parfois.
- Votre voix est plus grave au bout du fil.
- Je n'ai pas besoin de jouer les hystériques.
- Pourquoi cette comédie, dans nos locaux ?
- Ca m'amuse, c'est tout.
- Si vous attendiez que je vous contacte, peut-on se voir ?
- Pas encore. Vous n'avez pas encore mérité de passer à l'étape supérieure. Mais nous garderons contact, d'une façon ou d'une autre.
- Mais... Lorie... Je peux vous appeler ainsi, n'est-ce pas ?
- Tout à fait. C'est écrit noir sur blanc. C'est le nom que je me suis choisie. Pour vous, Nick.
- Vous me donnez les moyens de vous joindre sans me laisser vous rencontrer ? Pourquoi moi ?
- Vous m'intéressez.
- Est-ce que le jeu ne serait pas plus drôle si nous fixions un rendez-vous ?
- Ne brûlez pas les étapes. Par ailleurs, vous êtes totalement libre de poursuivre vos activités habituelles. Je ne suis pas jalouse. Je ne demande pas l'exclusivité de vos attentions.
- Vous m'intriguez...
- Ecoutez. Vous m'avez déjà vue presque nue. Permettez que je ne dévoile pas tous mes arguments au prime
abord.
- Entendu.
- Soit !
- Lorie ?
- Je vais raccrocher. Merci de votre appel, Nick.

 

    Notre première conversation me laissa perplexe. Comme un poisson, pris à l'hameçon du pêcheur, qui ne sait pas encore qu'il va finir dans les filets de celui qui vient de l'appâter.

    Lorie n'était même pas son vrai nom. Elle n'était pas la riche jeune femme sexy, exigeante et hystérique en matière de fringues, que j'avais imaginée. A quel détail réel pouvais-je encore me raccrocher ? Ce n'avait été qu'un fantasme.

 

    La fille à la jarretelle bleue ne revint pas. Du moins, pas avant des plombes. Le temps de me mettre au supplice. J'avais guetté sa venue le samedi suivant notre appel. Puis le samedi d'après. Et ainsi de suite. Aucune autre cliente ne lui arrivait à la cheville, et j'étais obligé de me rabattre sur des nanas du cours de fitness. Pourtant, Fred et mes autres potes savent bien que les filles bodybuildées ne sont pas à mon goût. Trop de muscle. Pas assez de graisse. Il ne manquerait plus que j'ai l'impression de coucher avec un mec.

 

     Quand je finis par rappeler Lorie sur son portable, j'avais l'impression de capituler. D'habitude, ce n'était jamais moi qui implorais un rencart... Et à deux reprises, j'étais passé pour un faible aux yeux de ma "cliente". J'aurais dû faire le rapprochement. Dans cette affaire, le client, c'était peut-être moi... De là à dire que j'étais un roi ? Je suis plutôt passé pour le bouffon de service.

Commenter cet article